En maîtrise d’arts plastiques à la fac, j’ai été particulièrement touché par les thèmes „territoire“ et „fragments“.
J’ai poursuivi ces thèmes, soit d’un point de vue totalement abstrait, soit en me basant sur des paysages bretons.

Le but était de perdre l’observateur dans une masse d’ìnformations (couleurs, formes plus ou moins géométriques) tout en lui permettant de découvrir quelque chose de nouveau. Un peu comme un puzzle (certains parlent de „mosaique“). Parfois, un paysage plus concret (arbres, rivière, monts..) apparaît, parfois des formes humaines se laissent présager.
Généralement, les titres des tableaux donnent une information de lieu; au spectateur de retrouver un élément qui confirmera l’appartenance à ce lieu.

Les tableaux purement abstraits ne proposent peu ou pas de „seconde“ image. Mais assemblés les uns aux autres, ils abordent le problème de la continuité, de la série et du développement de l’artiste. Il s’agit aussi de critiquer le pouvoir décoratif des tableaux ou du moins la perception qu’ont les gens face à l’image d’art.

La plupart des tableaux réalisés en Bretagne, font référence à la perception sentimentale des lieux de mon enfance (de la façon qu’un enfant aurait de reproduire des sensations abstraites) Lorsque je suis parti en Allemagne, j’ai poursuivi cette traduction de mes émotions en me basant sur les rapports fugaces que j’entretenais avec les villes (Wuppertal, Gaeta et Naples en Italie). Les tableaux devenaient ainsi des „cartes postales“ usant du même procédé que ces cartes postales qui proposent dans une seule image l’étendue touristique d’une ville.

Afin de permettre un accès facilité à mes images, j’ai pour principe de respecter 3 règles:
- des tons bleus pour évoquer un ciel.
- des tons rouges pour évoquer un premier plan.
- et plus récemment du vert pour... la pelouse!

L’imagerie infantile de certains anciens jeux vidéo avec ces tons tranchés qui évoquent parfaitement des paysages abstraits, me pousse actuellement à composer des paysages montagneux, lieux imaginaires dans lesquels je me sens bien. Je m’y promène et y retrouve souvent des éléments concrets (morceaux d’architecture par ex) de ma vie de tous les jours. Et depuis que je suis à Berlin, je peins beaucoup de murs, avec toutes les significations tant philosophiques qu’historiques qui s’y rapportent..

De même que je présente systématiquement mes palettes, je souhaitais pour la prochaine expo à Bessy II, présenter tout le travail préparatoire. Ces dessins modifés par ordinateur, une vingtaine pour l'instant, sont visibles sur "works".
On peut déjà y repérer divers éléments (murs, paysages, bâtiments de Bessy II..) qu'on retrouvera dans les peintures finales.
Ces prépas ne sont pas les bases définitives des tableaux. elles me permettent de mettre en avant divers élements-clés des tableaux, et aussi de complexifier des compositions en cours. Elles crééront aussi par la suite un échange avec les peintures, comme un jeu où l'on essaye de retrouver des élements dispersés. Un peu á la façon d’un Memory!

J’essaye ainsi, en usant de stratagèmes décoratifs ou ludiques, d’inscrire ma peinture dans une réflexion sur le sens de l’image et aussi de communiquer aux gens qu’une image peut avoir une double, triple (...) signification sans que celle-ci ne se base que sur des élements réalistes. Je rejette ainsi totatement toute idée de peinture „photographique“ au profit d’une peinture qui fait corps avec le vécu, le geste et la matière.